2.07.2010

Je n'invente rien

Elle m'a parlé des pépins de culpabilité que contenait tout jus de désespoir. Elle affirme que le désespoir est en fait une façon de pleurer nos échecs ou de s'inventer des échecs, que chacun des échecs inventés ou réels ajoute un pépin de plus dans le fruit de notre malheur.

Bertrand Laverdure, J'invente la piscine

2.02.2010

Je me suicide pour la treize ou quatorzième fois

Je chanterais une chanson de Ludacris à tue-tête si personne ne dormait bien au chaud dans la pièce voisine. Encore faudrait-il que « chanson » et « Ludacris » soient des mots qui s'accordent. Je remarque à l'instant qu'à l'écrit, il a le mot « cris » dans le nom celui-là. Chanceux. Mais que cela s'accorde ou non, qu'à cela ne tienne comme j'ai toujours rêvé d'employer l'expression, je remarcherai la rue sans bottes, sans chaussettes, à même l'asphalte enneigée recouverte de petite pierres grises qui remplacent le sel pour ne pas glisser. Ça coûte moins cher. Je referai la rue au long, les oretils paralysés comme des nouilles crues et lorsque je te verrai encore une fois je ne t'adresserai plus la parole, cette fois. Je ne répondrai surtout plus à ton comme-si-de-rien était de petites pierres grises qui coûtent moins cher. Jamais, jamais.

1.31.2010

Bikini comme une dent qui branle

Une fois l'an, j'ai l'envie qui me tenaille comme une prise sur un ver, un achigan, un crapet soleil. Non, un crapet de roche, vertébré d'une impertinence délinquante. Une fois l'an comme cette loi non écrite à propos du Poulet frit Kentucky, tu te souviens. Sauter, la tête dans le vide. Lâcher, mais je suis trop lâche. « J'ai peur de ci, peur de ça, j'ai peur. » Explications : c'est haut, que la mer soit bleue, verte ou brun merde, ou glacée, ou plus belle par là-bas. J'ai peur de me fracasser le crâne, que ça fasse un gros « pohck » et que ça éclabousse, le sang, la cervelle, le rien au fond tout en surface. Réfutations : refusées. Je te l'avais dit, à toi, que je ne suis seulement paraître, je suis tellement à la mode, j'ai la vulve en velours cordé.

1.26.2010

Fromage

Hier j'ai pris ma photo de finissante. La huit par dix que ta grand-mère aurait montré aux autres si elle était encore en vie, du genre regardez ma petite-fille elle a été à l'université, regardez ma petite-fille elle a le sourire croche et les cheveux un peu trop rouges mais ce n'est pas du tout grave, regardez le vert et l'or en bavette qui soutiennent sa réussite. Je n'ai pas mis le casque, es-tu fou toi? Reste-t-il qu'entre la manucure ridicule de chacun de mes doigts de petit garçon se tenait un faux diplôme et qu'après chaque coup aveuglant, sans compter les cris de l'homme photographe déchaîné, je me disais « ha ben. » Je suis l'élite.

[...]

(Début d'une nouvelle qui parle de Doritos)

1.22.2010

Rabat-joie

« Savoure mon pulple comme une bête » à tue-tête à mon propriétaire pendant que je ne savais pas qu'il était dans mon labyrinthe au toit qui coule sur les gens qui dorment à mesure où mon éponge s'assèche de plus en plus, figure solide qui jadis, servait à « nettoyer » un peu n'importe quoi : la table, la vaisselle, le plancher, la poubelle. J'ai mal à la gorge, soif de ton eucalyptus petit koala. Et si je n'obtiens pas ce stage qui demande quelqu'un qui aime la culture et les bibliothèques alors que la deuxième page de mon curi-cu-lum vitaï-taï-taï-taï n'est remplie que d'implications culturelles et littéraires avec un l minuscule (parce que je n'ai encore jamais rien publié dans Jet d'encre, Loser avec un grand) je me suicide pour la treize ou quatorzième fois.
Rabat-joie.

1.13.2010

Confidence

D'abord faut-il que la couche de rétine qui se gratte et qui recouvre presque uniformément les os sous ce déchet rose danger pour animaux soit bonne à fumer malgré tout.
Autrement, j'espère mourir sobre.

1.10.2010

Monastère

Parfois, j'imagine mes funérailles et j'y aperçois des visages que je n'aurais jamais cru -

Je sais. Tu sais bien, en lisant ces dix-sept mots, que je t'ai avertie. Je t'ai dit « blah, blah, blah, mort. » Tu m'as dis, un soir « Yo, B., tes textes sont encore plus déprimants que les miens. » En lisant ma conversation avec ta mère, qui place ses virgules et qui soigne ses orthographes, j'ai pensé à ta soutane mauve-orange et j'ai ri jaune comme les murs ou comme la glace de nos sommets. Hang on parce que j’arrive, en shakant donc ben.

1.06.2010

C'était il y a quatre ans, déjà. À l'époque ou je n'écrivais que très peu, encore plus mal. Que j'étais encore plus laide. Que je n'avais encore rien vécu, encore moins. Certains s'en souviendront encore moins mais moi, j'ai déjà trop oublié. L'odeur de merde que les égoût chauds dégagent en été me transportent dans ses rues, mais elles ne durent jamais. Et je pleure autant que lorsque l'enfant au couteau a éventré mon sac et que je me suis réveillée dans le fossé de merde, emmerdée. Et je fume autant que lorsque je lavais mes vêtements dans la baignoire sans eau, une histoire à raconter. Et aujourd'hui, dans soixante-sept bureaux différents, simultanément, un fonctionnaire qui avait pris deux jours de plus se plaignait que la bouffe était pas mangeable dans son cinq étoiles où pus jamais, pus jamais il ne remettrait les pieds.

1.03.2010

Intermède - Ça change quoi, dis?

De la santé et du succès dans les études de tous ceux et celles qui, en 2010, prennent encore la peine de lire les mots qui s'enculent sans importance sur cet espace Web dont l'avenir est toujours plus incertain.

12.30.2009

L'abandon

Tu me déçois. T'humes des soies. Je suis déçue par tout. J'essuie des supports, tout. Je me vernis les ongles de l'encre de la plume d'un poète retrouvé mort. J'aime vert n'îlet... et puis merde, serait-ce encore trop prétentieux de ma part de prétendre, noyée des litres d'orangeade à même la bouteille et saoulée des crème sûre et oignons en les saupoudrant de sel à l'aneth :

Je suis une artiste.

12.29.2009

Dégrisée

Et des souvenirs
s'évanouissent
dans le tas d'ongles d'orteils
au chevet de la mort
du vieillard que personne n'aimait

de toute façon.

12.27.2009

L'amour des obèses

Je me demande si l'amour des obèses est plus robuste, plus tenace, mieux fondé, plus dûr à déchirer. Je me demande s'ils ne se couchent pas en cuillère, s'ils se couchent en louches, et si lorsqu'ils s'ébattent ils suent du bouillon de poulet, qu'ils éjaculent des alphabits, s'ils s'écrivent JE TAI E sur le ventre et puisqu'il manque un M, qu'ils prennent un W.

12.26.2009

Boxing day (Karine)

Sur l'abribus les larmes gluantes
Du lendemain de la naissance
Du Christ par la Vierge en béquilles
Respires obscènes et malaisants
De la bête masturbante
Sans imperméable
Oui, c'est bien ça, oui, je suis là
Déviergée du 9-1-1
Au lendemain de la naissance
Au fluide amer qui sèche
Plus vite que la pluie qui verglasse

12.17.2009

L'hiver au matin

J'ai rêvé d'un rêve atroce, un cauchemar sans pitié et vous étiez dedans, tous. J'ai embrassé un corps, machinalement, puis je me suis levée, j'ai vu une souris morte, la machine à café me dévisager, je me suis dis plus tard. Je ne me suis pas habillée, malgré les fenêtres mal isolées, malgré le prélart immonde. J'ai ouvert la porte et je suis sortie dans la neige nus pieds, nue, je me suis lancée au sol et j'ai fait un ange pendant cinq, sept, onze secondes jusqu'à ce que mes jambes se paralysent par le froid pour ne laisser dans la neige que les traces d'une libellule en phase terminale. Les flocons me mitraillaient comme souvent j'ai voulu mourir, que ceux qui m'ont fait mal aient honte un peu.

12.11.2009

4 AM

Je ne veux pas crier, parce que j'ai mal à la gorge, que tes typans de roche ne font plus la différence de toute façon.
Je ne veux plus pleurer parce que mes verres son secs, que tu as honte d'être aperçu près d'une plotte qui pleure, que les gens pourraient croire que tu es méchant.
Je ne veux pas te frapper, parce que j'en n'ai jamais eu la force, que la plus dernière couche de tes survêtements me dégueule au point ou je dégueule immédiatement.




Je veux détruire ta vie.

12.08.2009

Digestion à distance

Corps et âme à un pâté chinois ou quelque chose de mieux encore, une lazagne d'efforts qui goûte la sueur, un dessert de roi qui s'appelle une « bonne volonté », c'est servi avec un coulis d'aller-retour Montréal-Québec.

12.07.2009

Refuge

Un cheveu sur la soupe
une plume sur un tas de merde
Dis-lui « Non », dis « Je ne t'aime pas »
et « Oui », mais ce serait faux
Comme des yeux bleu-vert
sous un filtre orange
Le col échancré
sous une jupe-ballon

Depuis, il pleure sur le toi de taule
C'est la peur toute seule ici

12.06.2009

Mes ours

Moi j’ai un nouvel habit de neige. Pas ma sœur.
Elle a eu mon vieux. Toujours comme ça.
Elle a mes vieilles choses parce qu’elle grandit moins vite.
Elle l’aime pareil qu’elle dit. Pour elle il est nouveau.
Sauf qu’il est vraiment laid. Moi je suis contente pour vrai.
Mon nouveau il a des ours dessus. Pas des ours pour bébés.
Des ours polaires parce qu’ils sont blancs.
Comme des dessins mais en photos.

Je sors avec pour l’essayer. Même le voisin il joue dehors.
Je fais plein de pirouettes sur les poteaux de la balançoire.
Je reviens hop et qu’est ce que je vois.
Encore ma soeur et le voisin.
Il l’aime mieux parce qu’elle est blonde.
Mais j’ai une tuque et j'ai des ours.
Je chante et je crie très fort sur les poteaux de la balançoire.
Ils inventent un château pour m’attaquer.

Je chante et je fais mille acrobaties. Là je suis vraiment étourdie.
Je suis pris! Mon manteau est pris sur le crochet.
Je peux pas me laisser tomber. Il faut que je serre fort.
Hey! je lui crie après et elle répond pas. Hey je suis pris!
Mais elle rit avec le voisin. J’ai mal de serrer fort.
Hey! va chercher maman je suis pris!
Vas-y toi-même! qu’elle me répond.
À cause d’elle j’ai brisé mes ours. Je pleure des glaçons.

12.05.2009

À défaut d'haïr

On m'a poussée, je suis tombée. Les collants neufs contre l'asphalte tiède, des petites roches dans le sang collant. La peau repousse vite, et moi aussi. J'attends qu'on me repousse.

11.27.2009

Gingerbread latté

Je crois que c’est là que j’ai pleuré, uniquement. Dans les toilettes du café, les deux mains sur mon ventre, la tête accotée sur le distributeur de papier. J’étais nue, j’avais arraché mes vêtements, j’avais trop chaud, j’étais saoule, mais je n’avais rien bu. Très saoule et je parlais seule, enfin.

J’ai vomis sur la céramique droit devant moi, assise sur la bolle, trop lâche, encore plus qu'à l'habitude, pour faire quel autre mouvement que ce soit. Me lever le cul, m’étirer vers le lavabo. J’ai pris une gorgée du café à douze et soixante-neuf que j’avais déposé sur la céramique humide pour faire passer la brûlure de la bile qui s’accrochait à ma gorge comme un enfant s’accroche à la jambe de sa mère chaque matin où elle le dépose chez la gardienne au chien méchant et au mari à tendances alcoolo-pédophiles.

Même les toilettes des cafés tendance sont sales et nauséabondes.
Tout le monde chie, partout.

11.26.2009

Waterproof

Ben oui, je me maquille trop. Ben oui, elle est don meilleure, est don plus belle parce qu'elle se maquille pas, pas besoin de se maquiller elle. « Arrête de me regarder. » « J'veux juste voir qu'est-c'est que tu va ben faire avec c'te cossin-là. » Je vais me peigner les sourcils. « Ah ben tabarnak! » Ben oui.
J'ai dit que mon rêve c'était d'habiter sur la rue Gerry-Boulet, je dis ben des affaires. C'est pas vrai, pas assez facile. J'habiterai jamais sur le fucking Plateau, même si je me maquille trop. Je suis celle qui frappe dans la vie à grands coups d'eyeliner : je rate tout le temps ma ligne. Je rate, j'essaie d'arranger, ça marche pas. J'efface, c'est rouge. Recommence, rate encore. Chigne un peu. « Viens-t'en, on va manquer le bus man! » Chigne encore, saute sur place. « C'est ben correct! » Non, c'est crissement pas correct. Je sors avec l'oeil gâché. Je bois pour l'oublier.
Ça marche en esti.

11.25.2009

Rêve à terre

Lili ne comprenait rien. À quatre ans, ou trois, je ne sais plus, Lili nous écoutait, les enfants attablés pour déjeuner, tour à tour raconter leurs rêves. Difficile pour un enfant de comprendre d'où ça émerge. Comment est-ce possible de réaliser un film et de l'écouter en une seule nuit, alors qu'on dort, et de le raconter fièrement chaque matin autour d'un bol de Rice Krispies avec des fraises ou des bananes dedans, parfois les deux. Un concours de celui ou celle qui a le plus de fruits dans ses céréales, un concours de celui ou celle qui mange le plus vite et qui réussi à prendre la plus grosse cuillère de sucre déposé au fond, et Lili qui ne comprend pas pourquoi il y avait des gros pélicans bleus et verts fluo avec des couronnes d'épines dans la tête de Simon, que la professeure de Karine nous forçait à manger un chaton grillé sur le barbecue, que Sarah était allée à l'école toute nue, avec des bas seulement, que personne n'avait rien dit, qu'Isabelle allait participer aux Jeux Olympiques avec un ensemble de Ponchaontas troué, que Jérémie avait joué un match dans la ligue nationale en ne se battant presque pas.
Lili disait toujours « J'avais été à la pharmacie et acheté une petite auto. » Les enfants disaient « Non, non, non, Lili, c'est pas ça un rêve! » et Lili se fâchait, pleurait, ne comprenait rien.

Aujourd'hui, je dis « Calme-toi Lili, moi je te crois Lili. J'ai rêvé que je mettais jamais la main dans le bon gant. »

11.24.2009

Fun pack fuck

Quand j’étais petite, les escaliers en colimaçon de Montréal-Nord me fascinaient. Je les trouvais si belles, comme le ruban du chapeau d’une princesse avec des broches. Je voulais les emprunter une par une, sans arrêt, mais ma mère me le défendait sans trop d'explications. Elle disait, simplement, qu’elles étaient dangereuses pour les petites filles comme moi. Comme si je ne savais pas descendre un escalier. Comme si leur forme, leur rouille et le son qu’elles émettent sous mes pas allaient me déconcentrer. Comme si mes petits Reebook mauves à velcros roses s’enfargeraient automatiquement à la vue des Italiens du balcon d’en dessous entre les marches anthracite à la même texture que certains condoms tout drôles et colorés qu’on retrouve dans les fun pack.

À trois ans, non. Vingt ans plus tard, je l’ai fait. J'ai dégringolé de la première marche à l'asphalte de novembre, humide et froide, à l'opposé de tout réconfort.
Et je jure que je ne l’ai pas fais exprès.

11.23.2009

Lit d'eau exactement

Je peinturerais mon salon ce matin, mais je n’ai pas de salon.
Je ferais du plâtre n’importe où, tout à fait bénévolement.

Mais je resterai couchée dans ce lit d’eau comme un cercueil chauffant, bien habillée, bien maquillée, les yeux bien collés jusqu’à ce que quelqu’un remarque que ça fait un mois que je call malade exactement.

« ‘Est ben arrangée, han… »

11.07.2009

J'ai cuvé le rouge

Je suis comme ces jeunes naïves, wannabe Cœur de pirate qui pleurent le départ du seul fou pour les aimer, qui se tortillent dans leur célibat faisant passer la souffrance pour un plaisir : la liberté.
Pour y remédier, certaines tatouent la seule partie de leur corps qui ne les ait encore jamais fait pleurer. Elles s’emprisonnent de l’encre qui les enrobe à jamais, des taches de couleurs qui ne seront belles qu’un instant, prétextant la signifiance absolue mais qui n’ont qu’une seule et unique cible : l’esthétisme.
Pour l’abolir, certaines partent dans l’Ouest. « Ah, ouais, j’ai fait ça quand j’étais dans l’Ouest. » Jour après jour elles jouent la pute à survie pour un bout de pain, une 24 dans l'Ouest, se tuent les mains à cueillir les cerises de l’Ouest et lorsqu’elles détournent la tête pour revoir celle de Fred qui jouit en elles pour la dernière fois un obèse en sueur crie leurs noms en anglais. Elles replongent dans les cerises de l’Ouest en pensant à la leur, qui se fera redéfoncer aussi machinalement qu’elles cueillent les fruits par un Anglais d’Angleterre venu dans l’Ouest pour oublier sa belle.
Mais je n’ai rien fait de tout ça.

11.04.2009

Tirer les points

Je ne bougerai pas et je resterai nue dans ma flaque, le foin dans les yeux, même si je déteste t'entendre te brosser les dents derrière le mur, comme des kilomètres pour t'éloigner, ton quelconque bonheur est une légèreté qui pèse comme le corps d'un orignal mort chaque fois : ces petits poils synthétiques qui se frottent contre ton émail à la cadence même où tu te crosses quand je suis ailleurs me donnent l'envie de tirer les points de suture qui unissent nos dépendances, notre sottise et nos malaises, eux seuls qui nous lient encore de justesse ce matin, délibérer nos plaies pour sentir gicler le sang fiévreux et rugir d'un cri profond qui impressionne même le chauffeur du parcours 28, mais je ne bougerai pas et je ferai semblant de dormir, toujours un peu plus.

10.27.2009

Matière grise en rien

Pas ici, mais je ne sais pas où j’ai envie d’être, en fait, peut-être un peu, mais n’ose pas et n’avouerai rien, et j’ai mal à la tête de toute façon… D’ailleurs, j’ai l’impression que des mots se cachent – les bons mots se cachent – au creux d’elle, ma tête, des blocs de Tetris qui ont pris leur trou et s’y sentent si bien qu’ils y font une sieste la tête sur les genous des uns, des autres.

10.26.2009

Désengagée

Elle a fait sonner le téléphone. Un coup, deux coups, trois coups. (Quand ça sonne, chez moi, c'est pas comme une une sonnerie normale, non, c'est le son du début d'une chanson de rap électro que tout le monde déteste sauf moi. Tou-tou-tou prrrr, tou-tou-tou prrr.) C'était engagé. (Quand c'est engagé, chez moi, c'est le son du refrain d'une chanson d'Allan Théo. Lo-la!) Elle a fait resonner, j'ai répondu. J'ai dit Oui allô? Elle a dit Sincèrement,

il faudrait acheter notre robe made in Québec.

Non? Je veux pas être belle, moi. Je veux flasher.

Tu peux flasher made in Québec.

Non. C'est laid.

...

Ça coûte vraiment plus cher.

Et p'is?

Mais je te jure, te jure que j'aurai une bonne prière pour chacun des enfants chinois qui auront sagement confectionné ma tenue de star chaque fois qu'elle se penchera avec excès par-dessus le bar open.

(Quand on raccroche, chez moi, c'est exactement comme chez toi.)

10.21.2009

À qui de droit

C’est en forgeant qu’on devient forgeron et c’est en ayant la honte qu’on devient la personne la plus honteuse du monde. On ramollit, on suinte, on pourrit. On trimballe l’odeur d’un rat mort et on ne sait même plus à qui s’excuser.

10.13.2009

R.I.P

Le 13 octobre 2009, Alain Frimas, gestionnaire, nous a quitté. Il laisse dans le deuil quelques humains disparates qui ne garderont pas vraiment souvenir de lui, si ce n'est que de cette faculté qu'il avait à maintenir ses lèvres immobiles sous sa moustache fournie refusant l'éruption de toute vibration sonore pouvant être confondue avec le rire de ses collègues.

Alain Frimas a mis fin à ses jours en engloutissant des tonnes et des tonnes de grilled-cheeses découpés en triangles équilatéraux jusqu'à en faire une overdose de symétrie.