30.7.08

Arrière-goût

Le cul sur le bord du trottoir, je grillais une troisième clope. Il fallait rehausser cette haleine que j'avais pris plaisir à m'infliger en m'enfilant un Shish Taouk chez l'arabe du coin. Je n'étais pas maquillée, peignée encore moins. Je n'avais pas l'air sale, je l'étais. Jamais je n'avais été aussi bien d'être laide. Les cernes mauves sous les yeux et l'odeur, le goût épouvantable dans la bouche. La perfection. Ma beauté n'avait plus sa place au moment ou j'allais flanquer ma bave dans sa gueule pour une dernière fois.

24.7.08

Le savon qui désincruste la vérité

Papa, pourquoi y'a de la mousse? Parce qu'ils ont mis du savon dedans. Qui ça? Des jeunes. Pourquoi ils ont fait ça? Pour le fun, parce qu'ils sont pas gentils. Ils sont méchants? Oui. Mais pourquoi? Parce que ce sont des vandales. Papa, c'est quoi des vandales?

Chaque fois que la fontaine du parc Sauvé débordait, en revenant de chez la gardienne, mon père me répondait avec la même innocence. La tête un peu ailleurs d’une journée de boulot dans le corps et la main gigantesque qui tenait la mienne, minuscule. Tout ce que je voulais, c’était l’entendre à nouveau associer des bulles de savon à un acte criminel. Une incompréhension provoquée, un plaisir hypocrite. Celui dont on ne se lasse jamais.

22.7.08

1 800 263-2266

Exciser sa conscience, avorter ses remords. Détester la poésie. Être suicidaire, se mutiler. Ou bien sauter de l'âne au coq.

La loi interdit le PFK plus d'une fois l'an. La grande visite, un diner improvisé et un ballon de plage gratis avec le familial pour emporter. Le gros bonheur en junk food sale. Les hommes parlent de bérings. Les femmes, des autres femmes. Nous, d'un prof de religion un peu crinqué. « Y dit que ceux qui portent un capuchon son dépendants affectifs! » « Haha! y'est ben nowhere! » Les bras démesurés qui s'emmêlent entre les barils et les frites, et la salade de chou aveuglante. Chaleur d'été mais surtout, chaleur de nous réunis. Des échanges, des rires, des trucs déplacés qui embrassent la sauce trop épaisse. « Hey les enfants, savez-vous c'est quoi un golden shower? » Les doigts huileux, des gens heureux.

Des souvenirs, comme ça, qui accrochent à la vie
par les pattes.

17.7.08

Le bien-être social en arrière plan

Sur une balançoire de pauvres, j'étais nue de tout mon long, presque. Mes hanches sortaient en petits pics comme La fille laide de Theriault et je m'en moquais. Je n'avais même pas déjeuné, même pas un café. Le fils de Gilles me déjeunait. J'étais incapable de ne pas lancer mon regard vers sa petite tronche sur la quatrième de couverture à chaque une, deux ou trois pages, maximum. Ses mots m'avalaient, ils ne me nourissaient pas.
Il y avait aussi les oiseaux qui chantaient, des chardonnerets si mon bagage ornithologique est intact. Il y avait le bien-être social en arrière plan, des câlisse de tabarnak, des cris d'adultes et d'enfants, des pleurs, de la joie et du mépris, la mélodie d'un xylophone multicolore made in china ou celle des bouteilles qui s'entrechoquent. J'ai cru bon d'aller m'habiller, qu'il était assez tard. Mais moi aussi j'étais bien. Une sirène frêle qui se prélassait sur le squelette d'une balançoire, lâche et in love.

14.7.08

Te faire mal fort

Il fallait arrêter de pincer ma soeur, même si j'en avais envie. Même si c'est la chose dont j'avais le plus envie au monde. Serrer la chair de son petit bras entre mon pouce et mon index. Voir son visage se crisper, un cri qui s'échappe, un chignement, et le jouet qu'elle me laisse ou des paroles qu'elle ravale. J'aimais tellement ça. Voilà, maintenant je pouvais relâcher.
Violence verbale et harcèlement psychologiques sont bons à rien. Mordre est salissant. Je n'ai pas la force de frapper. Pincer, c'est mieux. Je suis une enfant et l'interdit alimente mon désir. J'en ai tellement envie. Te pincer comme je n'ai jamais rien pincé de ma foutue vie, voir ton visage rester froid, ton cri qui s'étouffe, tes pleurs d'incapable, et tes lèvres qui avouent enfin que tu as mal, et que tu souffres fort. J'aimerais tellement ça. Je tiendrai bon pendant des heures s'il le faut.

11.7.08

Poupée Good morning honey

C'était un bon matin, pas n'importe lequel mais semblable à d'autres. J'étais dos à lui, que je n'appellerai ni Pierre ni Fabrice, un lui quelconque, pas n'importe lequel mais semblable à d'autres. Je lavais les verres d'hier comme une femme à marier, épongeais le comptoir, ramassais les bouteilles vides et les restes de poutine. Assis à ma table, dans ma cuisine, torse nu, il se foutait bien de ce qui m'appartenait et de qui j'étais, dans ses boxers affreux. Il tournait les pages d'un vieux journal étudiant, tombant sur mon article le plus nul en pensant que j'avais de l'avenir. On ne parlait pas.
J'ai l'habitude d'être enthousiaste le matin, mais il n'en savait rien. Je faisais mine d'être comme tout le monde, tout simplement, échevelée et muette le matin. Mes gestes étaient lasses et irréfléchis, ils étaient automatiques. J'étais la poupée qui lave la vaisselle, sort le Cheez-Wizz, sait dire « Comme il fait beau ce matin! », faire des toasts et préparer le café. Piles AA non comprises.
En agrippant la poignée de la cafetière, toujours dos à lui, j'eus l'idée, que dis-je, la commande robotique de déverser lentement le liquide quasi bouillant sur son torse barbouillé. En percutant sa peau, le café éclabousserait un peu sur mon corps en vinyle et ce serait agréable. Sans bouger, il se demanderait enfin qui est cette sombre folle à califourchon sur lui. C'est la seule chose dont j'ai eu envie, ce bon matin.

7.7.08

Pavé de rats morts (Human after all)

Maudits soient ces souliers qui en disent trop long. Je connais les gens: je suis soumis à l'usure que m'infligent leurs faux-pas. Je sais où ils sont entrés, d'où ils sont sortis. Difficile de les aimer, par la suite! J'y suis parvenu, jadis, laissant pousser à travers mes veines quelques mauvaises herbes. Ce sont les plantes du regret. « C'est quoi l'idée d'avoir posé du câlice de pavé-uni, Serge? » Pendant que Serge et sa femme s'insultent, les regrets poussent et pullulent encore. Le plus haut domine fièrement, il est coriace! Quand on l'arrachera avec dédain, les plus petits ricaneront toujours et ils grandiront, eux-aussi. L'un d'entre eux deviendra roi, le pissenlit qui pousse le trèfle dans l'oubli.
« Le voisin m'a dit que j'arais dû mettre un plastique en dessour! » Et le voisin a tort. Comme lorsqu'il a voulu empêcher la vermine de se délecter de ses rebuts. La bête a réussi, quitte à s'en trancher les gencives, répandant sur le sol les fluides de sa victoire. Quitte à en souffrir des jours ou des saisons. Puis, naturellement, happé par une voiture ou pris aux dents d'un autre, l'animal en revient au même.

6.7.08

Auto-friction

Je changerai son nom pour Fabrice. Je ne connais aucun Fabrice, personne ne se sentira visé, alors. Ou bien je ne le rennomerai pas, et vous chuchoterez au jeu du téléphone: « Si elle parlait réellement de Pierre, elle aurait eu la finessse de l'appeler autrement. » Je me traverstirai, aussi. Rien de bien malin à supprimer quelques e.
Mais j'hésite.
Je serai au courant de tout, et ce sera pire qu'être analphabet.
J'aurai un message vocal, demain, qui grichera : « Petite conne, reviens-en ou fais un scrapbook sur moi. » Clap! Je fermerai mon cellulaire en roulant les yeux et je sauterai dans ma voiture. Vous vous demanderez depuis quand j'ai mon permis et je répondrai : « Si c'était pour vous biaiser, encore un peu? »
Peu importe.
Vous serez au courant de tout, et ce sera pire que de se retrouver toute nue au beau milieu du centre d'achat.

3.7.08

Huckleberry Finn sans nègre de service

Pierre était ivre. Le mot ivre a pris un sens poétique qu'on utilise à outrance; ivre et joli. Mais Pierre était véritablement ivre, pas joli du tout. Il n'était ivre de personne ni d'un ridicule quoi que ce soit qui ne soit pas d'alcool. Il avait l'habitude de boire et de s'enrouler dans la pâte molle de clichés qui vient avec, pensant qu'il était unique malgré tout. Chaque nuit, défoncé, ce type tombait dans un lit trop grand. Puis les vagues s'agitaient en dessous. Il se retrouvait seul sur un radeau, perdu au beau milieu de l'océan. Quand ses yeux commençaient doucement à oublier où ils étaient, le radeau se mettait à tourner à une vitesse folle, désagréable. Comme un manège qui n'exciterait personne. Pierre profitait quand même de ses seuls voyages. Il se donnait le droit de jouer la femmelette: il pleurnichait un peu. Ses joues brûlées par le sel de larmes atténuaient l'ardeur du tourbillon qui l'aspirait. Chaque nuit, Pierre vivait ce court métrage un peu ringard. Ne vous inquiétez pas, il se réveillait toujours échoué comme une carcasse, sain et sauf.