On avait décidé d'aller passer l'après-midi à moitié nus sur une plage pas de sable. Je m'en souviens comme si c'était hier et ça fait trop longtemps déjà. Une gang d'ados un peu bohèmes, qui passent leurs après-midi à moitié nus sur une plage pas de sable, à jouer de la guitare et siroter des Kool-Aid, fumer un joint ou deux, siroter d'autres Kool-Aid et observer les gens. « Hein, check le gars qui joue au frizbee, on dirait Martin Drainville! » « Ben crisse, c'est Martin Drainville pour vrai! » Rire des gens et de leurs hideux maillots de bain, rire du fait d'avoir vu Martin. On n'y pensait déjà plus quand le comédien s'est approché et nous a dit, d'un air sincère: « Vous êtes beaux. » On est restés, idiots, sans dire un mot, puis quelqu'un a osé: « Merci. »
Un petit merci tout faible qui sait très bien que ça ne durera pas, un petit merci perspicace.
Trop beaux pour être vrais.
Drainville se baigne dans l'innocence, il ignore que nous sommes devenus horribles depuis. Il a capturé la bonne parcelle de moi, celle que j'ai perdue depuis longtemps. À quoi qu'il joue, Martin, il me pousse à me rappeler. Je nous revois alors, beaux, à moitié nus sur une plage en garnotte, et j'ai du sable plein les yeux.
Les plus beaux souvenirs sont insoutenables lorsqu'ils ne signifient plus rien.